Le blog perso de Pierre Chappaz
En lisant ce matin l'éditorial de l'excellent quotidien suisse Le Temps (équivalent du Monde) je me suis dit: il faut que je le partage avec mes lecteurs français. Exceptionnellement, je me permets donc de copier intégralement cette analyse de Sylvain Besson. Pour moi, on ne saurait si bien dire...
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Sylvain Besson
Jeudi 18 octobre 2007 |
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La France, pays éternellement rétif aux réformes, bloqué par les privilèges et les revendications d'un autre âge... ce vieux cliché va reprendre des couleurs ce jeudi, à l'occasion de la
grève géante qui paralysera la presque totalité des transports publics dans l'Hexagone.
A première vue, l'objet du conflit est limité: les syndicats des chemins de fer s'opposent à la réforme des «régimes spéciaux», qui permettent à certains employés du secteur public de prendre leur retraite incroyablement tôt (50 ans pour les conducteurs de train et de métro). Nicolas Sarkozy, qui subit là sa première épreuve d'envergure, veut supprimer cet «acquis social» datant de l'après-guerre, coûteux pour l'Etat et discriminatoire, puisque seules 500000 personnes en profitent. Mais le message envoyé par les syndicats qui ont appelé à la grève est plus large: bien qu'il ait été élu par 53% des Français, Nicolas Sarkozy ne pourra appliquer son programme sans résistances. On peut même parier qu'elles surgiront dans tous les secteurs concernés par ses réformes. En faisant passer l'abolition des régimes spéciaux avant d'autres mesures plus importantes (nouveau droit du travail, allégement des charges pesant sur les salaires ou de la fiscalité des entreprises...), le président français prend un risque considérable. Il ne veut ni ne peut reculer, puisque ce serait envoyer un message de faiblesse qui compromettrait ses projets futurs. Son pari est que, après un jour de grève, la plupart des syndicats retourneront s'asseoir à la table des négociations et finiront par accepter, sous une forme peut-être édulcorée, la fin des régimes spéciaux. Nicolas Sarkozy remporterait alors une victoire symbolique, qui galvaniserait son électorat et neutraliserait les oppositions. Il existe une autre possibilité: la grève se prolonge, encourageant d'autres «mouvements sociaux» partout où les mécontentements existent. L'économie souffre, la population s'impatiente, le gouvernement devient impopulaire et impotent. Les réformes les plus nécessaires - assouplissement du droit du travail, élimination des innombrables barrières à la concurrence, simplification des pesantes structures étatiques - sont une nouvelle fois repoussées aux calendes grecques. C'est le scénario du pire mais, en France, il n'est pas impossible. |