Le blog perso de Pierre Chappaz
Il est décidemment difficile de comprendre la loi dans ce pays, nous naviguons en pleine insécurité juridique.
C'est délirant et décourageant.
Voila ce qui se passe:
Tout d'abord, vous serez d'accord avec moi, pour que l'Internet puisse fonctionner, il faut impérativement distinguer les gens qui produisent des contenus (éditeurs), de ceux qui les distribuent (hébergeurs). Pour une raison simple: si toutes les fois qu'un citoyen publie un contenu illégal, c'est non seulement lui qui est attaquable mais aussi les services qui distribuent ce contenu (plateformes de blogs, forums, facebook, google, wikio ...), ces services ne peuvent plus exister. Sauf à mettre en place une censure massive.
L'internet chinois serait un havre de démocratie par rapport à ça.
La loi de confiance dans l'économie numérique de 2004 (transposant la Directive Européenne du 8 juin 2000 dite « commerce électronique ») était censée éviter ce scenario délirant, en distinguant clairement les deux rôles d'éditeur et d'hébergeur. Ce dernier bénéficie d'un régime de responsabilité limitée, en pratique il n'est pas tenu responsable des contenus litigieux s'il les enlève rapidement suite à une demande.
Mais voila. Voila que la cour de cassation, la plus haute instance juridique de notre beau pays, vient de condamner Tiscali qui hébergeait un site perso diffusant sans autorisation des bandes dessinées protégées par le droit d'auteur. La procédure a duré 8 ans, pour ceux qui ne connaissent pas Tiscali, et ne savent pas ce qu'était un site perso, c'était l'ancêtre des blogs et donc vous pouvez remplacer Tiscali par Overblog, Canalblog ou Hautetfort pour bien comprendre de quoi il s'agit.
Le motif de la condamnation? La cour a considéré que parce qu'il affichait des publicités sur les pages incriminées, Tiscali perdait sa qualité d'hébergeur, et devait être considéré comme éditeur, c'est-à-dire responsable du contenu!
Pour traduire en des termes d'aujourd'hui: une plateforme de blogs gratuite financée par la pub serait responsable pénalement de tout ce que publient les blogueurs!
Au fait, savez-vous qui est le conseiller en charge des questions de propriété littéraire et artistique de la cour de cassation? Marie-Françoise Marais, la présidente de la HADOPI. On croit rêver ... mais c'est plutôt d'un cauchemar qu'il s'agit. Le fan club des hadopistes n'a rien appris et rien compris.
Je ne suis pas juriste, mais j'ai lu quelque part que bien que rendue sous l’empire de l’ancienne législation (l’ancien article 43-8 de la loi du 30 septembre 1986) cette décision est probablement transposable à la loi nouvelle dont les articles 6.1.2 et 6.1.3 sont rédigés apparemment dans des termes similaires.
Alors pour nous les netentrepreneurs cela signifie quoi? que devons-nous faire? Arrêter les services de publication gratuite ou en tout cas enlever les pubs des pages correspondantes? Faire signer un contrat en béton à tous ceux qui veulent publier quelque chose pour nous dégager de toute responsabilité? Recruter une armée de modérateurs pour tout relire et censurer tout ce qui est potentiellement illégal? les juristes qui ont réagi à la décision ont tous un avis différent, nous nageons en pleine insécurité juridique.