Le blog perso de Pierre Chappaz
Je vous invite vivement à lire l'excellente interview de Jean-François Julliard, secrétaire général de Reporters Sans Frontières, publiée il y a quelques jours par ReadWriteWeb.
Il est bien dommage que notre ministre de la culture Frédéric Mitterand ne l'aie pas lue avant de déclarer bêtement au Forum d'Avignon "il y a dans l'usage de d'Internet des aspects liberticides, car on peut y dire n'importe quoi et diffamer sans sanction".
Outre que son affirmation est fausse (si j'écrivais que Frédéric Mitterand est un pédophile, ce qu'il n'est pas, il pourrait à bon droit m'attaquer en diffamation), elle traduit surtout le désarroi de politiques has-been qui ne supportent pas de ne pouvoir contrôler le réseau comme ils avaient l'habitude de contrôler les journaux télévisés. Alors Frédéric, que dit-il ce Julliard?
Tout d'abord il définit la blogosphère de manière simple et oserais-je dire lumineuse: il s'agit pour lui de l’ensemble des internautes qui s’expriment dans la sphère virtuelle. Sur un blog, sur twitter, facebook, ou dans un forum ... la plateforme importe peu!
Et il poursuit:
"Il est évident que la blogosphere est amenée à devenir un contre-pouvoir. Internet est devenu le meilleur moyen pour la totalité de la population, de tous les âges, de tous les genres et de toutes les couches sociales, de s’exprimer sur la politique et la société en temps réel.
Auparavant, la population ne pouvait s’exprimer, ne pouvait décrire son opinion réelle, que par les élections ou quelques rares sondages.
Aujourd’hui, elle peut enfin dire quand elle le veut son désaccord de telles politiques, sa déception face à un élu contre lequel ils ne peuvent rien faire avant le prochain vote…
C’est la définition première de la liberté d’expression : parler, donner son opinion publiquement quand on en a envie, à qui on veut, sur qui on veut.
La démocratie est bien plus concrète et effective lorsque les députés doivent faire face à la véritable expression générale telle qu’entendue par Rousseau.
Les gouvernements et la classe politique ne peuvent plus ignorer les voix de l’ensemble de leurs électeurs, de la population derrière eux, et parfois de leurs clients. Lorsqu’on « n’entendait » pas les gens s’exprimer, on pouvait encore prétendre qu’ils ne se plaignaient pas ou ne critiquaient pas ou ne pensaient rien de spécial.
Maintenant qu’on les « entend » avec une telle force, on ne peut pas faire semblant de ne rien entendre et ignorer ce qu’ils disent, la blogosphère est forcément à prendre en considération. C’est la population qui s’exprime par Internet, tout simplement."
Il s’agit d’une telle masse, comparé au gouvernement, qu’on peut vraiment parler d’un cinquième pouvoir."
Eh oui!
L'éxécutif (premier pouvoir) , le législatif (deuxième pouvoir), le judiciaire (troisième pouvoir) et la presse (quatrième pouvoir) vont devoir s'habituer au nouveau venu: la blogosphere, le cinquième pouvoir, pouvoir apparu avec le XXIe siècle.