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5 décembre 2010 7 05 /12 /décembre /2010 10:05

J'emprunte le titre de ce billet à Matthew Ingram sur le blog d'Om Malik GigaOM Like It or Not, WikiLeaks is a Media Entity :

 

Wikileaks est-il un organe de presse? a-t-il ou non droit aux même protections que la presse dans nos sociétés démocratiques ? c'est bien le fond du débat.

 

Si la réponse est non, alors l'incroyable guerre que font les gouvernements du Monde entier contre Wikileaks peut paraître légitime, quelles que soient les méthodes employées, méthodes que je dénonce dans mon précédent billet "Wikileaks, la première Infowar a commencé".  

 

Certains prétendent disqualifier Wikileaks au motif que les révélations charrient de la boue. De la boue les cables diplomatiques révélés par Wikileaks? je ne trouve pas. J'y trouve au contraire de nombreuses informations très utiles pour mieux comprendre les relations internationales, par exemple en ce qui concerne la Chine et l'Iran.

 

Wikileaks fait le même travail que la presse d'investigation, avec les moyens décuplés qu'apporte Internet. Notamment sa diffusion mondiale, et la protection de ses sources par des techniques très avancées de cryptographie. Le soldat Bradley Manning, qui a communiqué à Wikileaks le fichier des cables diplomatiques a eu le tort de se vanter autour de lui de son exploit, sans ça, il serait bien tranquille.

 

L'ampleur de la fuite, le déchainement d'hystérie aux Etats-Unis ou certains, tels Sarah Palin ou l'éditorialiste du Washington Times, appelent à l'assassinat de Julian Assange, peuvent empêcher de réfléchir calmement à l'enjeu. Et l'enjeu est énorme: il s'agit de notre conception de la liberté de l'information à l'époque d'Internet. Si on admet que Wikileaks soit censuré, et son leader emprisonné ou même assassiné, que se passera-t-il demain? dans quelle société de surveillance et de répression risquons-nous de vivre?

 

La presse a toujours diffusé des fuites


Quand le Canard Enchaîné diffuse des documents confidentiels qu'il s'est procuré par Dieu sait quel moyen, ce qui arrive à peu près toutes les semaines, est-ce qu'on lance ainsi une chasse à l'homme? est-ce que le gouvernement le censure?

 

A-t-on censuré Mediapart qui diffusait les enregistrements des conversations de Lilianne Bettencourt?

 

C'est l'un des fondements de la démocratie: en démocratie, le Pouvoir n'a pas le droit de censurer une information. C'est à la Justice que revient éventuellement la responsabilité de se prononcer et de prendre les mesures qu'elle jugera nécessaires.

 

Comment ne pas voir que Wikileaks ne fait que poursuivre avec les moyens d'Internet ce noble travail d'enquête de la presse qui a toujours tellement dérangé les puissants?

 

Si Wikileaks avait existé au moment du déclenchement de la guerre d'Irak, est-ce que Bush aurait pu tromper l'opinion avec sa fable des armes de destruction massive?

 


La presse doit défendre Wikileaks et la démocratie

Wikileaks fait le boulot de la presse, on doit lui reconnaître le statut de la presse.

C'est d'autant plus nécessaire que l'Etat victime des fuites, superpuissance planétaire, dispose de tous les moyens, assisté de ses vassaux, pour le réduire au silence.

 

Il est temps que les journalistes réagissent! et ne se contentent pas d'égréner les informations: tiens, Paypal ferme le compte de Wikileaks, tiens, Besson veut expulser Wikileaks de France, tiens, aux US il est interdit aux fonctionnaires de lire des informations diffusées par Wikileaks , tiens ... ne serait-il pas temps de faire une bonne synthèse de tout cela, messieurs, et de dénoncer cette incroyable offensive mondiale contre la liberté de la presse?


Et de grâce, n'entretenons pas la confusion entre la (nécessaire) protection des données privées des individus sur Internet, et celles des Etats. La démocratie, c'est aussi le contrôle des Etats, ce qui passe par une presse et un Internet libre d'enquêter sur tous les sujets.

 

Ce que disent les blogs et les medias sur Wikileaks:

En France

Aux US


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Published by Pierre - dans liberté du net
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commentaires

kherozenne 07/12/2010 19:37


@ y!onel,

Non aucun amalgame je vous assure. Si j'ai cité pour exemple une fuite de données financière au niveau d'un individu c'était simplement pour illustrer la problématique dans une dimension plus
"proche".
En réalité sur la question de fond posé par Pierre, que ce soit au niveau individuel ou d'une nation, la réflexion reste la même.
En ce qui concerne la surveillance de l'exercice du pouvoir, ce n'est certainement pas comme ca (cablegate) que cela va être utile, de plus c'est complétement hors sujet. Rien n'empêche de débattre
sur cette question mais pas dans ce billet. :)
Pour finir oui l'épluchage a bien commencé et visiblement l'arrestation ce matin de Assange n'y changera rien. Oui on va savoir des trucs .... super ! Et après ? On sait déjà que quelque soit le
pays, quelque soit le contexte il y a matière a crier au scandale. Encore une fois apporter la preuve qu'un pays fait sa place dans le monde géopolitique de façon autoritaire, sournoise, malhonnête
voire pire, n'apporte rien. Seuls ceux qui pourront exploiter ces informations vont donner vie à 'l'impact' de cette fuite.
En ceci le net pourrait bien être remodeler dans les prochaines années, après tout lorsque la plomberie fuie, qui ne fait pas de réparations ?


y!onel 07/12/2010 13:35


@kherozene : tu fais exactement l'amalgame que je décris haut dessus entre transparence sur les activités de diplomates qui agissent en notre nom et transparence sur la vie privée des
individus.
Confondre les 2 est une erreur dans laquelle s'engouffrent tous ceux qui ne veulent pas que l'exercice du pouvoir soit surveillé.
Quand à éplucher l'info de wikileaks, exact, aucun individu ne peut le faire, d'où l'idée brillante d'embriguader les medias traditionnels la dedans qui ont la capacité et la force de travail pour
trier et en extraire l'info. Pour le coup, ils ont fait un vrai travail de journaliste là où à 80% du temps ils se contentent de commnenter l'AFP.
C'est jour 1 du data journalism dont on entend parler mais qui prend là une forme concrète, extrêmement efficace où le journaliste se mélange au programmeur (intervient de OWNI) et à la conscience
citoyenne.


kherozenne 07/12/2010 11:14


oui mais...

Il serait temps de redescendre sur terre. Wikileaks n'a rien d'un site de presse contrairement à "Le Monde" par exemple.
Ensuite même en démocratie il faut garder à l'esprit que la transparence à ses limites. Vu des Américains, il y a clairement eut viol du secret diplomatique. Des sources classées "secret" ont été
en toutes impunités divulguées au monde entier. Ceci leur donne le droit de demander à ce que cette difusion soit stopée, peut être de réclamer des domages via une jurisprudence et en tous cas pas
de poursuivre Assange sur de fausses accusations.
Pour etayer ce que je viens d'écrire je vais prendre exemple au niveau de l'individu (personne physique à la place d'un état).
Comment réagiriez vous si du jour au lendemain, tout votre entourage proche et lointain, votre voisinage résidentiel, professionel étaient en mesure de lire toutes les dépenses que vous avez
effectuées depuis 30 ans ? (suite à une fuite de votre banque par exemple). Situation ou tout à chacun pourait après décorticage et analyses, comprendre la façon dont vous avez dépensé votre
argent, de facto comment vous avez vécu, pourquoi vous êtes a découvert, ou vous avez diner, dans tel et tel restaurant, combien vous avez payé d'impots, de pensions alimentaires, vos crédits en
cours .. etc etc ? Bien entendu ledit entourage clamerait haut et fort qu'au nom de la démocratie et de la transparence cette publication est "bonne" et légitime.
Comment feriez vous pour entretenir vos relations ? Certainement que cette situation (heureusement fictive) vous amènerait à réviser complétement vos attitudes, vos discours, à commencer par votre
banque.
Les fuites de cables diplomatiques de Wikileaks sont identiques en tous points mais à l'echelle d'une nation sur le plan mondial.

Personellement tout ce qui est accessible dans cette méga fuite ne me sert à rien. Comme monsieur-tout-le-monde d'ailleurs. Nous sommes incapable d'exploiter la moindre information, juste être au
courant. Par exemple d'apprendre que ceci et que cele ne changera en rien mon quotidient, ce n'est pas Wikileaks qui va révolutionner ma vie. Par contre une proportion de la populuation n'est pas
indiférente, et c'est le problème, car cette proportion est capable d'utiliser ces fuites.

Ce qui est sur, c'est que Wikileaks à tout simplement démontré qu'en 2010, en l'état actuel du net, il était possible de réaliser cette difusion d'informations secretes. On peut prédire que les
Américains ne vont pas en rester la. Des mesures vont étre prises pour éviter un Cablegate-bis, c'est évident. C'est quelque chose qui inquiète les gouvernements du monde entier. Des garde-fou vont
voir le jour, tout ca pour quoi en définitive ?
Pour ceux qui n'ont pas encore compris qu'un état à ses secrets et qu'il en va de ses intérêts .... oui la transparence à ses limites précisement au nom de la démocratie. On ne gouverne pas avec
l'utopie de la vérité connue de tous.

Encore une fois comment réagirions nous si les fuites avaient été française ? Une information classée "secret" aux usa ne l'est pas en france et ailleurs (ce qui ajoute à la compléxité judridique
du dossier), de plus le journal Le Monde a en toute liberté travaillé sur les informations fournies par Wikileaks et encore en ce momment, aucun reproches ne lui a été adréssés, c'est une belle
démonstration de liberté de la presse je trouve.
Alors qu'elle conception de la liberté d'information devons nous opter ? Personellement censurer des informations secretes ne me choque pas, on a le droit a notre intimité, notre vie privée (dieu
sait si ca fait couler beaucoup de pixel depuis quelques mois entre facebook, google, hadopi, acta,lopsi etc etc), un état aussi.


y!onel 07/12/2010 09:08


"+1" comme on dit, j'adhère totalement au propos.
Il y a un truc proprement dingue sur le débat autour de wikileaks sur la "tyrannie de la transparence". On veut nous faire mélanger la transparence sur les actes des dirigeants (qui sont quand même
élus/nous représente et ont des comptes à rendre) avec la transparence sur la vie privée, ce qui relève de tout autre chose.
Il y une phrase que j'ai bcp aimée, lu sur Slate:
http://www.slate.fr/story/31199/wikileaks-fuites-droit-savoir-colombani
"Avec wikileaks, la surveillance a changé de camp". C'est exactement cela, et c'est pour ça que cela gêne autant les dirigeants.


Gourmet 06/12/2010 14:14


Je porte ici à la connaissance des lecteurs de ce blog émérite qu'il existe un DNS alternatif piloté par l'OpenNIC.
Non pas un DNS partagé entre 5 gus dans un garage mais réellement une structure avec ses n serveurs racines (n étant bien plus important que 13 le nombre de serveurs racine du DNS que nous
connaissons tous).
Ce DNS alternatif est accessible par tous, il suffit de régler votre serveur (pas votre client, j'ai bien dit votre serveur sous DJDNS ou sous BIND). En fait il faut remplacer le root.cache (pour
un BIND) par un root.cache listant qq serveurs racine de l'OpenNIC.
Les TLD hébergés par ce DNS sont .free, .geek, .ing, .oss, etc.
Le futur .p2p que souhaite Peter Sunde (The Pirate Bay) sera, a priori, piloté par l'OpenNIC (mais ne suivra pas le protocole DNS actuel pour trouver les racines).

L'avantage de ce DNS alternatif est double :
- ne pas être sous l'emprise de l'ICANN ou de l'IANA tous deux organismes américains ;
- rappeler une fois de plus que l'Internet est libre, mouvant, versatile, inventif, espiègle, conçu pour se récréer sans cesse tel que l'on voulu ses inventeurs, des chercheurs avant tout.

On fait main basse sur le partage des internautes français ? On se fait voir comme des étrangers !
On tente de filtrer ? On masque les flux favorisant ainsi le surfiltrage.
On fait main basse sur le DNS ? On en recrée un autre.
Si on fait main basse sur l'Internet tel que nous le connaissons, nous en recréerons un autre. S'il le faut.

db


Ken 05/12/2010 20:49


Super ! Merci pour l'article il cartonne !


Gilles Klein 05/12/2010 20:49


Mettre des données brutes sur un site n'est pas du "journalisme de données" puisque c'est juste de la duplication d efichiers. Le travail d'analyse ou d'étude relève des chercheurs, des
journalistes ou de qui veut bien le faire pour expliquer ces données les décrypter, les mettre en rapport avec d'autres événements.

Site de presse ou site de données brutes à la Wikileaks la législation est la même, s'il y a délit, diffamation, et autres il y a poursuites éventuelles, et un juge décide. Il reste donc à prouver
le caractère délictueux de la présence de ces fichiers sur le site Wikileaks. OVH a raison de demander l'avis d'un juge sur l'hébergement relais qu'il fournit ou fournissait à des fichiers
Wikileaks.


h16 05/12/2010 20:44


Je suis d'accord avec toi, Pierre.

Si wikileaks s'était appelé Canard Enchaîné, que se serait-il passé ?


Louis 05/12/2010 13:05


Bonjour Pierre,

Je n'ai pas encore eu le temps de lire ton billet, mais juste pour te signaler que ce n'est pas Om Malik qui a écrit le Post, mais Mathew Ingram.


Pierre 05/12/2010 14:23



Merci de l'info Louis, je corrige!



Emmanuel 05/12/2010 11:45


C'est ce que je veux dire: on ne demande pas la permission de publier mais la défense de ce droit doit tôt ou tard se faire au tribunal. Sur ce point l'initiative d'OVH est exemplaire.


Gilles Klein 05/12/2010 11:45


Dire que Wikileaks est un média, c'est peut-être confondre, un haut-parleur, un porte-voix avec celui qui tient le micro.

Wikileaks fait-il "le boulot de la presse" ou bien est-il plutôt celui qui alimente la presse ?

Wikileaks me semble plutôt ce que les Américains appellent un mega whistle blower, un mega lanceur d'alerte.

Dans ces cas des dépêches diplomatiques Wikileaks a diffusé un matériau brut, il a été un relais mondial pour le geste d'un Américain concerné, si le soldat Manning est bien à l'origine de cette
méga fuite.

Wikileaks a fourni le matériau brut à des médias qui l'ont mis en perspective, qui l'ont commenté, filtré, en choisissant de mettre en avant une infime partie puisque l'on a évoqué seulement moins
d'un millier de dépêches sur les plus de 250 000 annoncées.


Pierre 05/12/2010 12:11



Bonjour Gilles,


Il y a une complémentarité entre le journalisme de base de données (Wikileaks) et le journalisme éditorial (la presse traditionnelle, dont les journalistes font un travail d'analyse et de mise en
perspective). Seras-tu d'accord avec moi pour dire que tous deux doivent bénéficier de la protection des lois sur le Presse?



Emmanuel 05/12/2010 11:25


Si c'est de notre droit à la liberté de l'information dont il est question alors il faut la gagner au tribunal. C'est ce qu'à fait Mediapart. Cela fait une très grosse différence.
En ne sachant toujours pas ce que contiennent les milliers de documents je ne vois pas comment on peut assumer la responsabilité de leur publication. Pour toutes ces raisons Wikileaks n'a rien d'un
organe de presse. Le dire n'a rien d'offensant.
Il faut de la mesure et du recul pour gérer une telle masse d'informations, je m'inquiète de ne voir rien de tout cela.


Pierre 05/12/2010 11:37



Ah? il faut d'abord demander la permission au tribunal avant de publier quelque chose? c'est la nouvelle conception de la démocratie, ça?


En démocratie, on publie d'abord, et s'il y a un offensé, il va au tribunal pour obtenir réparation. La censure préalable n'a rien à voir avec la démocratie.



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